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Quand François Chauvet m’a proposé un espace dans son lieu Hang-art, pour y présenter des œuvres issues de mes collectes, j’ai senti le sol se dérober sous mes pieds … Une collection est un peu un jardin secret ! Montrer au public des œuvres qui m’accompagnent au quotidien, de la cuisine au séjour, en passant par la chambre, n’est pas une démarche si facile. Mais François a su me donner confiance, et je l’en remercie ! Il me fallait ensuite trouver une ligne à ma sélection, un angle d’attaque … J’ai choisi de montrer des œuvres de créateurs qui, par leur amitié, m’ont nourri…, et par leur générosité ont alimenté ma collection. J’ai choisi des créateurs qui n’ont pas encore eu la chance d’exposer dans ce lieu inspiré, animé par François Chauvet et ses collaborateurs. Au fil des années, ce Hang-art est devenu incontournable pour les auteurs et les amateurs d’Art Brut/Singulier. J’ai rassemblé mes collectes sous le vocable « Art obscur » par jeu. Et je m’y suis laissé prendre … Ce terme avait été proposé par le peintre suisse René Auberjonois à son ami Jean Dubuffet, au moment où ce dernier choisissait celui d’Art Brut. C’est donc en faisant les poubelles de Dubuffet (comme on a su me le faire remarquer) que j’ai découvert ce mot ‘Art obscur’. Mais il y a des merveilles dans les poubelles ! Et ce n’est pas les auteurs d’Art Brut/Singulier qui me contrediront … eux qui y trouvent souvent supports et matériaux pour créer des œuvres venues d’on ne sait où ….du plus profond d’eux-mêmes a-t-on l’habitude de dire. Vous avez dit obscur ? Leurs productions sont rarement sous les projecteurs officiels. Elles restent donc, le plus souvent, dans l’obscurité… J'aii choisi de présenter des créations de Pierre Albasser, Gustave Cahoreau, Patrick Chapelière, Claudine Goux, Jean-Paul Henry, Rosemarie Koczy, Jean-Christophe Philippi, André Robillard et Gérard Sendrey.
Un amateur sort de ses réserves
…
Michel Leroux
En 1992, le contexte économique et la crise du bâtiment le mettent prématurément à la retraite et, encouragé par son épouse, il se met à dessiner avec assiduité. Au début, son œuvre circule essentiellement par le biais de l'art postal et figure dans diverses expositions consacrées à cette forme d'art. Pierre Albasser vit aujourd'hui à Lagord, près de la Rochelle. Il dessine quotidiennement, et exclusivement au dos des cartons d'emballage de produits alimentaires et autres consommés par le couple. Ce qui se traduit par des formats divers, aux découpes inattendues et aux perforations insolites. C’est avec des stylobilles qu’il a commencé à dessiner, striant et hachurant des formes humaines ou animales. Maintenant, aux stylobilles quémandés chez les commerçants ou ramassés dans les rues, des crayons à papier, feutres, pastel, gouaches racornies et même des cartouches d’imprimantes vides ont enrichi ses moyens d’expressions graphiques. Ainsi, des griffures, des taches, des coulures ou des surfaces unies riches en couleurs sont venues le sortir du système des petits traits. Sa production est exclusivement à destination de sa femme Gudrun. Elle est donc l’exploratrice privilégiée de son œuvre, et a le rôle de conservatrice. Pierre Albasser aime à nous dire que si un jour sa femme n’est plus là, il ne dessinera plus !
Site de La Création Franche Gudrun Albasser et
Michel Leroux
Dés l’âge de treize ans, il est placé comme domestique dans les fermes de la région ; emploi qu’il occupera toute sa vie. En 1963, son père meurt accidentellement « écrasé sous une charrette de foin ». C’est à cette période qu’il commence à ramasser des pierres, des racines, aux formes étranges qu’il sculpte. « Quand mon patron a vu ça, y m’a tapé……j’ai pleuré ». Quelques années plus tard, il tombe enfin chez « un bon patron » : c’est le début de sa grande production de Totems sculptés dans des bois de récupération (chevrons, limons, etc…). Ensuite apparaîtront ses dessins : Hommes au chapeau, Profils de femmes africaines, etc… Aujourd’hui, Gustave Cahoreau réside dans une maison de retraite en Mayenne. Il n’a plus la force physique de sculpter, mais il dessine toujours, principalement des profils de femmes africaines. Michel Leroux
Patrick Chamelière peint et dessine pour lui même, pour son plaisir. Il développe une œuvre inventive, avec une grande sensibilité. Ses créations pourraient se rapprocher de l’Art Naïf, mais ce label est tellement galvaudé qu’il en a perdu son âme. Alors disons que Patrick Chapelière dessine et peint naïvement.
Michel
Leroux
Cette artiste commence à peindre en 1971. Elle s'intéresse tout d'abord à l'art nègre et à Gauguin puis traverse une période cubiste. Mais très vite, elle trouve son propre langage pictural, proche de celui de la miniature et composé d'êtres imaginaires. A cette époque, elle découvre les écrits de Jean Dubuffet avec qui elle a un échange épistolaire. Aux alentours de 1978, elle rencontre Aristide Caillaud qui lui achète des œuvres, l'encourageant ainsi à poursuivre son cheminement solitaire. Claudine Goux pratique la gravure, peint à la gouache et à l'acrylique, dessine à l'encre de Chine, réalise des triptyques dont le cadre est un prolongement pyrogravé de l'œuvre. Elle illustre également un nombre considérable d'ouvrages de poésie. Son travail, fait de ciselures et de fines hachures nous entraîne dans la mythologie et l'histoire des religions qui la passionnent. Cultivant simultanément le sacré et le profane, elle nous offre à voir, avec grande délicatesse, la quintessence de sa rêverie infinie. Claudine Goux cultive également la grande discrétion, pour ne pas dire l’effacement, à propos de son travail. Loin des vitrines des m’as-tu vu … elle est à l’ouvrage, à l’œuvre !
Site de
La Création Franche et Michel Leroux
Jean-Paul Henry nous laisse une œuvre forte, bouleversante, démesurée. Une œuvre qui va au-delà du beau académique, au-delà du beau décoratif. Elle nous vient d’une autre rive (celle de la schizophrénie), d’une autre solitude aussi. Il a dépassé la ligne rouge de notre raison…
Michel Leroux
En parallèle avec cette activité, Rosemarie Koczÿ peint au doigt des toiles de grand format, réalise des cahiers à l'encre de Chine, des pastels, des aquarelles, des lithographies, des sculptures et des collages. Ses œuvres qui privilégient le blanc et le noir expriment la souffrance liée à la condition humaine. Elle brosse également des portraits de ses parents et amis disparus pendant la guerre, leur rendant ainsi hommage et témoignant de la barbarie qui eut lieu durant cette période noire de l'histoire : « Les dessins que je fais chaque jour s’appellent ‘Je vous tisse un linceul’. C’est un enterrement que j’offre à ceux que j’ai vu mourir dans les camps, quand j’ai été déportée, de 1942 à 1945…. » Elle a également écrit de nombreux récits sur l'histoire de sa famille, des textes publiés aux éditions L’AMATEUR (Blanche Marie et Alain Arnéodo). Rosemarie Koczÿ vivait à Croton on Hudson, aux Etats-Unis. Elle y est décédée le 12 décembre 2007.
Site de la Création Franche
et Michel Leroux
Jean-Christophe Philippi utilise différentes techniques et matières pour faire surgir des ‘Divinités’ aux regards intenses. Des animaux et des personnages griffonnés à la mine de plomb jaillissent également, avec grande force, sous des lacis de lignes.
Infos obtenus auprès de l’artiste par
Michel Leroux
Les années passent, et André Robillard retrouve une certaine stabilité. L’hôpital psychiatrique contacte alors ses parents pour qu’on vienne le chercher, mais ils ne sont jamais venus… Il quitte finalement le statut de malade pour devenir ouvrier dans le centre. Il travaille au jardin, à la blanchisserie, à l’entretien de la station d’épuration. Puis il y eut ce jour de 1964, mais que s’est-il passé ce jour-là ? Sa solitude était-elle plus pesante que les autres jours ? « …ça n’allait plus ! J’ai voulu faire quelque chose de ma vie ! » Voilà qu’André Robillard « bricole » un fusil ! Un fusil pour tuer le temps, pour « Tuer la misère » (1). Le docteur du centre contacte Jean Dubuffet, et la vie d’André bascule « Tu t’rends compte ! Quelle histoire ! C’est incroyable ce machin- là ! » André Robillard n’en revient toujours pas ! Ses fusils, ses dessins représentant des fusées et des planètes, ont fait le tour du monde (de l’Art Brut). A coups de fusils, André Robillard canarde nos certitudes en art !
Michel Leroux
(1) Titre de la création théâtrale d’Alexis Forestier et Charlotte Ranson, avec la participation d’André Robillard.
Lorsqu’il prend sa retraite à soixante ans, il
crée ce qui deviendra le Musée de la
Création Franche à Bègles et dans
lequel il exerce le rôle de responsable jusqu’au
1er janvier 2009. Parallèlement, et encore plus depuis cette
date, il s’active sans relâche dans sa
démarche personnelle dite artistique. Les expositions et
autres monstrations sont essentiellement pour lui autant de chances de
communication, de reconnaissance et de rencontres chaleureuses, toutes
choses auxquelles il aspire en priorité. Une importante
rétrospective vient de lui être
consacrée au Musée de le Création
Franche.
Dominique Jeanson et Michel
Leroux
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