Née en 1962, vit et travaille près de Nantes « Ce qu’il reste des Anges », dit-elle de ses sculptures, empreintes de corps disparus, enfuis. Suspendus, ils flottent irréels, blancs, vides ! Depuis quelques années, Fanny Alloing s’applique à saisir le murmure des Anges. Formes pures, figées, les corps émergent lentement, immaculés, ouverts. La légèreté des matériaux, bandes plâtrées, soie, papier, laisse voir comme de la peau en transparence. L’intérieur autant que l’extérieur, la profondeur révélée derrière l’apparence. Il se dit là quelque chose sur la fragilité de la forme humaine : on chuchote un au-delà de la chair. Abandonnées lors d’un passage sur terre, ces blanches chrysalides ne seraient- elles pas justement l’enveloppe de l’âme ? Sans bruit et avec infiniment de douceur, nous sommes conviés à contempler l’inconnu, le grand vide, l’immensité à laquelle nous appartenons. Et si ces êtres pâles et si beaux nous parlaient simplement de la disparition des corps, de la mort inévitable. Beauté et fragilité du chemin : « Être et disparaître » Cécile Nivet, Ex-directrice de la Galerie « Le Rayon Vert »- Nantes Dans les sculptures de Fanny Alloing, on retrouve le corps, les corps, dont elle dit qu’ils sont « l’expression de l’âme ». Elle nous fait saisir de manière poétique l’instant, la vie, la présence, qu’elle obtient dans un processus créatif intense et complexe. Elle travaille avec des modèles vivants, souvent des danseurs. Mais elle aime aussi choisir des proches ou des personnes rencontrées par hasard, qui la touchent particulièrement. Elle qualifie ces longues séances de pose, au cours desquelles elle fait aussi des photos et des dessins, comme « des moments précieux, hors du temps, fragiles, d’échanges sans les mots, où elle arrive au plus près d’un être … à la recherche de ce que le dehors lui dit du dedans ». Elle crée ainsi des chrysalides grandeur nature en plâtre où elle retrouve l’intention du geste, le détail de la chair, faites de pleins et de vides, impressionnantes, pleines d’humanité. Maintenant, elle travaille la terre. A travers un nouveau processus créatif, encore plus long, encore plus délicat, d’empreinte- l’estampage-, elle réalise des sculptures en raku, d’une grande force, force de la chair, de la matière brute, où les ocres et les bruns de l’alchimie du feu donnent beaucoup d’étrangeté. Fanny Alloing moule des corps qu’elle traite comme des chrysalides, des écorces, des enveloppes humaines vidées de leur substance. Elle estampe ses moulages en plâtre avec de fines couches successives de terre puis les soumet à une cuisson raku. Il en résulte des volumes expressifs mais fantomatiques. Ils semblent avoir souffert de la rude épreuve du feu, laquelle les a abîmés et vidés de leur contenu, tout en conservant leur forme devenue simultanément spectrale et tangible. Il n’en reste plus que la fine écorce, une peau transformée en croûte fragile, protection dérisoire d’une béance désespérante... Métaphore de la condition humaine, de la difficulté de s’affranchir de ses propres limites, les œuvres de Fanny Alloing prennent toute leur signification quand elles sont accompagnées de son triptyque vidéo mettant en scène un corps féminin appliqué à se libérer des bandelettes qui l’enferment. Louis Doucet vice-président de MAC 200